Quand la douleur rencontre l’espoir : la névralgie du trijumeau
Quand la douleur rencontre l’espoir : la névralgie du trijumeau
Cet article de vulgarisation scientifique a été rédigé par Anne-Gabrielle Maheux, étudiante finissante en électrophysiologie médicale au Cégep de Lévis.
Le corps humain est une machine complexe et incroyable en soi. Chaque organe travaille en harmonie avec le reste du corps pour nous permettre de fonctionner au quotidien. Le processus est génial, certes, mais lorsque notre corps décide de se rebeller et de travailler à contre-courant, l’harmonie peut être rapidement détruite. Imaginez-vous vous réveiller un matin et ressentir, sans prévenir, un courant électrique à haute tension vous traverser le visage (Rubin, 2026). Une douleur brève mais insupportable, qui se répète des dizaines, voire des centaines de fois par jour et persiste pendant des années (Rubin, 2026). C’est ce que vivent des milliers de personnes atteintes d’une maladie rare appelée : névralgie du nerf trijumeau (Rubin, 2026).
Qu’est-ce que la névralgie du nerf trijumeau ?
La névralgie du nerf trijumeau est une condition médicale qui touche le plus gros nerf du visage (Rubin, 2026). Ce nerf débute au niveau du tronc cérébral, une région située à la base du cerveau, puis se divise en trois nerfs plus petits, un peu comme un tronc d’arbre qui se sépare en plusieurs branches (PasseportSanté, 2025). La branche du haut se rend jusqu’à l’œil, celle du milieu se dirige vers le nez et la joue, tandis que la branche du bas descend jusqu’au menton (PasseportSanté, 2025). Le nerf trijumeau a plusieurs fonctions essentielles : il permet de bouger la mâchoire, de transmettre au cerveau les sensations ressenties au niveau du visage et de participer à certains réflexes, comme le larmoiement (PasseportSanté, 2025), qui protège nos yeux contre les irritations (par exemple lorsqu’une poussière entre dans votre œil) (Brady, 2025). Toute atteinte de ce nerf peut donc entraîner des conséquences importantes sur la qualité de vie au quotidien.
Lors d’une névralgie du nerf trijumeau, celui-ci est comprimé le long de son trajet vers le visage, un peu comme si on posait le pied sur un boyau d’arrosage (Rubin, 2026). Dans ce cas, l’intérieur du boyau ne contient pas de liquide, mais plutôt un ensemble de fils électriques qui se connectent au visage. Cette compression peut avoir diverses causes (Rubin, 2026). La plus fréquente est la pression exercée par un gros vaisseau sanguin, comme une artère, qui dévie de son trajet habituel et vient appuyer sur le nerf (Rubin, 2026). Chez certains patients, la pathologie peut également être due à une blessure ou à la présence d’une tumeur (Rubin, 2026).
On peut comparer le nerf trijumeau à un câble électrique utilisé pour charger un ordinateur. Le câble représente le nerf, tandis que les fils à l’intérieur correspondent aux différentes branches qui se ramifient dans le visage. Lorsqu’un câble est abîmé, par exemple s’il est trop plié au même endroit ou s’il est sectionné, les petits fils à l’intérieur sont également endommagés. L’électricité ne circule plus correctement, ce qui empêche l’appareil de se recharger.
Symptômes
Les symptômes de la compression du nerf se manifestent de la façon suivante : des douleurs subites et intenses apparaissant d’un seul côté du visage. Elles ressemblent à des chocs électriques et peuvent durer de quelques secondes à quelques minutes (CARE Hospitals, 2024). Ces douleurs se situent principalement au niveau des joues, du nez et de la mâchoire (Rubin, 2026). Elles sont souvent déclenchées par le toucher ou par la pression exercée sur des zones précises (Rubin, 2026). Le simple fait de se brosser les dents, de parler ou encore de se raser la barbe peut déclencher une crise (CARE Hospitals, 2024). Cette affection est d’ailleurs parfois connue sous le nom « tic douloureux de Trousseau », une appellation qui reflète les crispations réflexes du visage provoquées par l’intensité extrême de la douleur (Traverse, 2025, p. 2).
Diagnostic
Le diagnostic de la névralgie du nerf trijumeau repose principalement sur l’évaluation des symptômes rapportés par le patient ainsi que sur des examens d’imagerie permettant d’observer les structures à l’intérieur du crâne (Clinique Universitaire de Navarre, s. d.). Dans certains cas, des tests complémentaires peuvent être utilisés pour évaluer le fonctionnement des nerfs impliqués (Traverse, 2025). Parmi les examens possibles figure le réflexe de clignement (blink reflex) (Traverse, 2025). Cet examen consiste à envoyer une stimulation électrique au niveau du foramen supraorbitaire afin de stimuler le nerf Trijumeau. La réponse est ensuite captée par des électrodes de surface placées sous chaque œil, des deux côtés du visage (Traverse, 2025). En temps normal, le signal nerveux part du nerf trijumeau, se rend au tronc cérébral, puis revient par le nerf facial, ce qui provoque le clignement des yeux. Dans le cas de névralgie symptomatique, la réponse peut être plus lente ou absente, toutefois, dans la forme essentielle, le résultat peut demeurer normal, ce qui constitue une information diagnostique précieuse. Cet examen permet donc de vérifier que les voies nerveuses impliquées fonctionnent correctement et ainsi, orienter le diagnostic vers la forme essentielle ou symptomatique.
Les différents traitements
Bien que cette maladie soit encore assez méconnue, il existe tout de même différents traitements (CARE Hospitals, 2024). Le principal traitement consiste en l’administration de médicaments pour soulager la douleur (CARE Hospitals, 2024). Lorsque la médication ne suffit pas à améliorer la qualité de vie des patients, une intervention chirurgicale peut être envisagée (CARE Hospitals, 2024). Parmi celles-ci figure la radiochirurgie stéréotaxique, également appelée « Gamma Knife » (CARE Hospitals, 2024).
La radiochirurgie stéréotaxique par Gamma Knife est une technique conçue par le neurochirurgien suédois Lars Leksell (Elekta, s. d.). Elle consiste à administrer des doses ciblées de radiations à la racine du nerf afin de diminuer la transmission des signaux douloureux (Elsan, 2025). En quelque sorte, cette intervention perturbe le « message » transmis par le nerf au cerveau. Celui-ci devient alors moins efficace pour transmettre la sensation de douleur dans la région atteinte. Les radiations utilisées par le Gamma Knife sont similaires à celles des rayons X employés en radiographie (Cleveland Clinic, 2024), mais elles sont beaucoup plus concentrées et dirigées avec une grande précision (Elsan, 2025). Ainsi, lorsqu’une structure est exposée à une forte dose de radiation, cela permet de modifier ou d’endommager son fonctionnement (Parlons sciences, s. d.). C’est ici le principe du Gamma Knife. Bien que le mot « Knife » soit employé, aucun couteau n’est utilisé lors de la procédure (Cleveland Clinic, 2024). Le terme « Knife » désigne simplement la précision du rayon gamma, telle une lame chirurgicale (Cleveland Clinic, 2024).
L’un des principaux avantages de cette technique est sa précision (Elsan, 2025). Elle permet de cibler uniquement la zone atteinte, sans endommager les structures voisines (Elsan, 2025). Les autres nerfs peuvent ainsi continuer de fonctionner normalement (Elsan, 2025). Il s’agit également d’une procédure qui ne nécessite ni anesthésie générale ni incision au niveau du visage, ce qui réduit considérablement les risques normalement associés à une chirurgie (Elsan, 2025). De plus, la procédure permet de soulager une grande partie des patients. Dans 30 % des cas, on observe toutefois une récidive des douleurs chez les patients 3 à 5 ans après l’intervention (Service de neurochirurgie de l’Hôpital Lariboisière, s. d.). La radiochirurgie peut alors être réalisée à nouveau (Service de neurochirurgie de l’Hôpital Lariboisière, s. d.). Bien que les risques soient faibles, certains effets secondaires peuvent survenir, tels que des engourdissements persistants au visage ainsi qu’une sécheresse oculaire (Service de neurochirurgie de l’Hôpital Lariboisière, s. d.).
Déroulement de la procédure
Le patient se présente tôt le matin au service de chirurgie de l’hôpital (CHUV, 2019). Une voie veineuse lui est installée, permettant d’administrer des médicaments au besoin (CHUV, 2019). Par la suite, la tête du patient est anesthésiée localement afin de permettre l’installation d’un cadre stéréotaxique (CHUV, 2019). Il s’agit d’un cadre en métal que l’on fixe sur le crâne du patient afin de maintenir la tête immobile lors de la procédure, un peu comme un étau (MedicalExpo, s. d.). Toutefois, la fonction principale de la stéréotaxie est le repérage neuroradiologique (MedicalExpo, s. d.). À cet effet, après l’installation du cadre, le patient se dirige vers la radiologie, où une série d’images est réalisée afin de déterminer précisément les structures à l’intérieur de sa tête (CHUV, 2019 ; Neurochirurgie – Clinique des Cèdres, 2017). Selon le positionnement des structures importantes, notamment du nerf trijumeau, le cadre sert de point de repère dans l’espace (Neurochirurgie – Clinique des Cèdres, 2017). Un peu comme une carte géographique, le cadre possède des coordonnées (Neurochirurgie – Clinique des Cèdres, 2017). Il est ainsi possible de localiser avec précision la zone à traiter (Neurochirurgie – Clinique des Cèdres, 2017). Grâce à l’imagerie, l’équipe médicale peut ensuite établir, à l’aide d’un ordinateur, un protocole de traitement adapté (Cleveland Clinic, 2024 ; Neurochirurgie – Clinique des Cèdres, 2017).
Ensuite, le patient sera dirigé et installé sur la table de traitement (CHUV, 2019). Étant donné l’utilisation de radiations, l’équipe médicale se trouve dans une autre pièce, mais peut communiquer avec le patient et le voir en temps réel grâce à des caméras et des interphones installés dans la salle (CHUV, 2019). Ensuite, la radiation peut débuter. Il s’agit d’un rayonnement invisible à l’œil nu qui traverse le corps pour cibler directement la racine du nerf trijumeau (Elsan, 2025). La procédure peut durer de 15 minutes à 1 h 30 (CHUV, 2019). Le patient ne ressent aucune douleur pendant le traitement (Cleveland Clinic, 2024). Une fois la procédure terminée, le cadre stéréotaxique et le cathéter sont retirés et le patient peut retourner chez lui sans problème (CHUV, 2019).
En somme, la névralgie du nerf trijumeau est bien plus qu’une simple douleur au visage. Elle peut transformer des gestes quotidiens, comme parler ou se brosser les dents, en véritables épreuves (CARE Hospitals, 2024). Grâce aux avancées médicales, notamment la radiochirurgie stéréotaxique par Gamma Knife, il est désormais possible de cibler précisément l’origine de cette douleur et d’offrir un réel soulagement aux patients (Elsan, 2025).
Dans le domaine de l’électrophysiologie médicale, la compréhension du fonctionnement des voies nerveuses est essentielle pour mieux diagnostiquer et suivre ce type de pathologie. Lors des examens d’électromyographie, examens spécialisés permettant d’évaluer le fonctionnement des nerfs et des muscles, il n’est pas rare que le technologue prenne en charge ce type de patient (Michaud, 2026). Il est ainsi pertinent de connaître les symptômes et les examens susceptibles d’aider au diagnostic. Par exemple, le réflexe de clignement (blink reflex) permet d’évaluer la transmission de l’influx nerveux le long du nerf trijumeau, à travers le tronc cérébral, jusqu’au nerf facial. En analysant la vitesse et la présence des réponses enregistrées des deux côtés du visage, il est possible de déterminer si le circuit nerveux fonctionne normalement et, le cas échéant, de localiser le niveau de l’atteinte. Ces outils jouent un rôle important dans une prise en charge plus précise et mieux adaptée des patients.
La neuromodulation représente aujourd’hui un domaine en pleine évolution dans la prise en charge de la douleur chronique, regroupant différentes techniques permettant d’agir directement sur le système nerveux afin de diminuer la douleur (Knotkova et al., 2021). En utilisant des stimulations électriques ciblées, il est possible de modifier la transmission des signaux douloureux vers le cerveau, offrant ainsi de nouvelles pistes pour le traitement des douleurs neuropathiques (douleurs liées à l’atteinte des nerfs), notamment celles associées à la névralgie du trijumeau (Knotkova et al., 2021). C’est dans cette perspective que des examens comme le réflexe de clignement prennent tout leur sens, car ils permettent de mieux comprendre et de localiser l’origine de la douleur. Ces avancées laissent entrevoir un futur où il sera possible de contrôler la douleur directement à sa source.
Cet article a été réalisé dans le cadre du cours de Séminaire d’intégration et de développement professionnel en électrophysiologie médicale au cégep de Lévis. Il a pour objectif de présenter de façon claire et accessible une problématique liée au domaine de la santé, tout en faisant des liens avec les connaissances acquises au cours de la formation. Ce travail permet également de développer les compétences nécessaires à la recherche, l’analyse et à la communication scientifique.
Bibliographie
Brady, C. J. (2025, octobre). Larmoiement. Manuel MSD-Version pour les professionnels de la santé.
CARE Hospitals. (2024, novembre). Névralgie du trijumeau : symptômes, causes, traitement et médicaments.
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Clinique Universitaire de Navarre. (s. d.). Névralgie du trijumeau. https://www.cun.es/fr/maladies-traitements/maladies/neuralgie-trijumeau
Davidson, B., Bhattacharya, A., Sarica, C., Darmani, G., Raies, N., Chen, R., & Lozano, A. M. (2024). Neuromodulation techniques – From non-invasive brain stimulation to deep brain stimulation. Neurotherapeutics, 21(3), e00330. https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1878747924000163
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Knotkova, H., Hamani, C., Sivanesan, E., Le Beuffe, M. F. E., Moon, J. Y., Cohen, S. R., & Huntoon, M. (2021). Neuromodulation for chronic pain. The Lancet, 397(10289), 2111–2124.
https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(21)00794-7/fulltext
MedicalExpo. (s. d.). Cadre de stéréotaxie – Tous les fabricants de matériel médical.
https://www.medicalexpo.fr/fabricant-medical/cadre-stereotaxie-1219.html
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Neurochirurgie -Clinique des Cèdres. (2017, décembre). Stéréotaxie.
https://neurochirurgie-cedres.com/techniques-equipements/stereotaxie
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Service de neurochirurgie de l’Hôpital Lariboisière. (s. d.). Névralgie du trijumeau.
https://www.neurochirurgie-lariboisiere.com/chirurgie-de-la-douleur/nevralgie-du-trijumeau/
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